Le travail de restauration

Jusqu’en 2005, en raison du manque persistant de locaux, d’équipements, de personnel et de fonds, la Direction archéologique régionale de Cagliari n’ayant pas jugé opportun de commencer la restauration systématique des sculptures a donc nécessairement dû se limiter à l’exécution de travaux préliminaires sur quelques fragments significatifs qui étaient exposés au musée national d’archéologie de Cagliari depuis 1977.
Classement d'autopsie: fragments de pied
L’accord de programme-cadre de 2005 entre l’État italien et la Région à travers le projet « SarBC3-18-Centre pour la conservation du patrimoine culturel. Ateliers ouverts au public » a alloué des fonds pour l’élaboration d’un avant-projet concernant la restauration des sculptures du Mont Prama. Cet accord a été renforcé en 2007 par un deuxième financement.

À la suite d’un appel d’offres, C’est le Centro di Conservazione Archeologica (CCA) de Roberto Nardi (Rome) qui a gagné le marché. Ce centre a donc travaillé sur le projet d’exécution définitive intitulé « Prenda ’e Zenia » (Joyau de la lignée) entre novembre 2007 et novembre 2011.

Financé à hauteur de 1 600 000 euros, la Direction archéologique régionale de Sassari, notamment Antonietta Boninu, Luisanna Usai, Alba Canu et Gonaria Demontis a suivi tout l’iter administratif et technique.
De novembre 2007 à novembre 2011, dans les locaux du Centre de restauration de Li Punti, le « CCA » a travaillé sur le matériel retrouvé lors des différentes campagnes de fouille du site archéologique menées entre 1975 et 1979, à savoir quelque 5 200 fragments en pierre en calcaire éparpillés sur une étendue d’environ 450m2 et pesant globalement plus de 10 tonnes, le volume de chaque artéfact variant de quelques millimètres à quelques dizaines de centimètres.
La première phase du projet a concerné le classement d’autopsie préliminaire des différents fragments par type, avec la subdivision progressive des fragments en différentes classes.

Le catalogage

Outre les phases de restauration, un précieux catalogage a été réalisé pour enregistrer toutes les données recueillies lors de l’observation et de l’analyse des sculptures.
La collecte de ces données avait été réalisée par archivage, géré par une base de données où chaque fragment et chaque sculpture ont leur fiche reportant:
  • les données disponibles sur les fouilles et le travail de restauration
  • une documentation photographique réalisée avant, après et pendant la restauration
  • une documentation graphique
  • une documentation vidéo
  • la documentation tridimensionnelle acquise à l’aide de scanners laser pour obtenir le rendu des sculptures, leur restauration virtuelle et la réalisation éventuelle de copies.
Un moment de la séance photo
Balayage laser tridimensionnel

Les analyses diagnostiques

Lors des phases préalables à la restauration, ce type d’analyse permet d’identifier le type de pierre utilisé, ses altérations et ses transformations. Les observations au microscope optique, au microscope pétrographique et au SEM-EDS (microscope électronique à balayage couplé à la microanalyse) ont montré que la pierre des sculptures appartient à la classe des biocalcaires sédimentaires, riches en fossiles.
Des traces circonscrites de coloration rouge ou noire ont été observées sur quelques statues.
L’analyse directe des surfaces permet de collecter des données et des informations sur les techniques de traitement d’origine, l’instrumentation et la méthodologie utilisées. Enfin, l’analyse de l’état de conservation – préliminaire et essentielle à tout travail de restauration – permet d’identifier les différents phénomènes de dégradation.
Ce n’est qu’après avoir établi une image globale plus claire du contexte et des caractéristiques de chaque fragment, et après avoir terminé l’analyse et l’acquisition des données, que les travaux de restauration directe peuvent commencer.
Parallèlement aux technologies les plus modernes pour le catalogage, l’étude et l’analyse des matériaux d’origine, et pour la diffusion des résultats de l’intervention, ce sont les techniques simples et traditionnelles de restauration qui ont été utilisées car compatibles avec les matériaux d’origine et respectueuses des surfaces anciennes.
Prélèvement d'échantillons pour analyses

Le nettoyage

La première phase de la restauration est le nettoyage: s’agissant d’une opération irréversible, elle est effectuée par approches progressives, avec des moyens mécaniques principalement, un léger pulvérisateur d’eau atomisée et d’air pour solubiliser les dépôts de saleté, des pinceaux plats et des micrograveurs à air comprimé. Ce nettoyage vise à rétablir la lisibilité des surfaces et à éliminer les substances nocives. Dans les zones où la pierre présente des surfaces décohésionnées, le nettoyage est précédé d’une protection locale et d’une pré-consolidation pour éviter que la pulvérisation puisse endommager la surface d’origine. Ensuite, lorsque cela est nécessaire, une consolidation est effectuée, par exemple sur des surfaces fragiles, dégradées et jointives. Cette consolidation se fait avec des matériaux inorganiques tels que l’eau de chaux et le silicate d’éthyle qui protègent les surfaces d’origine et préparent les fragments au collage.
Différents moments des opérations de nettoyage

La recherche des jointures

 

La deuxième phase concerne la recherche des jointures entre les différents fragments. Il s’agit d’une opération très longue et complexe, effectuée manuellement par des restaurateurs qui, grâce à leur expérience, reconnaissent l’énorme quantité de petites informations enregistrées sur les surfaces d’origine lesquelles, par un jeu d’interrelations visuelles et tactiles, permettent d’attribuer un fragment à une sculpture ou le réassemblage de fragments.
Il est peut-être opportun de rappeler que, compte tenu de la forte abrasion des fractures des fragments et de la grande variété typologique des surfaces, aucune aide numérique ne peut faciliter une telle opération. Seul l’œil expérimenté du restaurateur professionnel peut traiter les différences et repérer les similitudes.
Dans le cas des sculptures du Mont Prama, cette opération de recherche des jointures a duré deux ans et employé les mêmes restaurateurs qui se sont progressivement familiarisés avec les matériaux.

Assemblage, rejointoiement et ajouts

Application d’un film de résine acrylique
L’assemblage, le jointoiement et les ajouts sont ensuite réalisés. En partant du principe de respect total du matériau ancien, aucun trou n’est percé dans les éléments d’origine et aucune broche n’est utilisée pour réassembler les sculptures. Les fragments contigus sont réassemblés en utilisant uniquement des résines synthétiques, la colonne métallique extérieure servant de support statique aux sculptures restaurées. Deux techniques de collage des fragments sont utilisées simultanément: la première – réversible – consiste à appliquer un léger film de résine acrylique sur les surfaces de contact ; la seconde – structurelle en vertu du fort pouvoir adhésif du matériau – consiste à appliquer une résine époxy à deux composants. Les fractures et les lignes jointives entre les différents fragments réassemblés sont finalement collées avec un mortier à base de chaux pour améliorer l’esthétique de la surface et éviter le dépôt de poussière.
Rejointoiement d’une statue réassemblée

Les supports

Afin d’assurer la conservation des pièces, tout travail de restauration est conditionné par les règles de compatibilité (avec les matériaux d’origine) et de réversibilité.
En prévision de la muséalisation, des supports ont enfin été réalisés car, une fois les fragments réassemblés, les sculptures ne pouvaient pas se maintenir sur leur socle d’origine.
Ces supports ont donc été conçus et construits pour maintenir les statues en position verticale sans nuire à leur visibilité à 360 degrés. Il s’agit de structures en acier composées d’une colonne centrale en treillis et de bras soutenant les différents éléments sculpturaux.
Ces supports ont été fabriqués de manière à répondre à des exigences strictes en matière : de maintien de l’intégrité du matériau en pierre d’origine (en excluant l’utilisation de broches) et de stabilité, de déformabilité minimale, de visibilité minimale, de possibilité d’ajouts ultérieurs et de réversibilité totale des parties.
Montage d’une statue sur son support
Détail du support
La statue du guerrier appelé «Gherreri» prête pour l’exposition

Le chantier de restauration de Cabras

Aux mois de juin 2015 et 2016, le «CCA» a entrepris – sous la direction de la Direction archéologique régionale de Cagliari et à l’aide d’un programme pédagogique mis sur pied par le Centre pour la conservation archéologique en collaboration avec plusieurs universités américaines – la restauration des sculptures retrouvées lors des campagnes de fouille de 2014 et 2015 en installant le chantier au musée municipal « Giovanni Marongiu » de Cabras.
Le même plan de travail que celui des années précédentes a été utilisé, à savoir le nettoyage et le prétraitement de tous les fragments sculpturaux, puis le réassemblage et le montage de certaines sculptures sur des supports métalliques.
Les travaux ont notamment porté sur deux maquettes de nurague à quatre lobes (deux autres doivent encore être restaurées), une statue d’archer et une statue de pugiliste de nouveau type. Cette dernière, en effet, représente un pugiliste similaire au bronzetto nuragique retrouvé dans la tombe villanovienne de Cavalupo à Vulci (dans la province de Viterbe): la figure tient un grand bouclier et un gant armé tendu devant le corps et non à hauteur de la tête. Une deuxième statue similaire à cette dernière n’a pas encore été traitée.
Montage de la statue du pugiliste sur son support
Dernières touches à l’aménagement du musée
Pour plus d’informations sur la restauration, consulter :
Nicosia 2005 ; Costanzi Cobau 2011 ; Minoja-Usai (a cura di) 2011, pp. 49-55 ; Boninu 2009 ; Boninu 2012a ; Boninu 2012b ; Manunza 2013 ; Boninu 2014 ; Boninu-Costanzi Cobau 2014 ; Macciocco-Huber-Luciano 2014 ; Usai 2014d ; Usai-Leonelli 2014 ; Scano 2015 ; Usai 2015b.

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