Mont’e Prama dans la littérature

Vue aérienne zénithale de la nécropole Bedini et Tronchetti à la fin de la campagne de fouille de 2015
De nombreux textes de la littérature scientifique contemporaine définissent la nécropole et le complexe sculptural du Mont’e Prama comme un hérôon.
Pour en savoir plus, voici quelques extraits de publications scientifiques ayant tenté d’interpréter les héros du Mont’e Prama. « Les iconographies de pugilistes, d’archers et de guerriers, répliquées plusieurs fois de manière sensiblement identique \[…] constituent un signe fort marquant profondément le territoire, à travers l’ostentation des valeurs reconnues par les communautés dont les familles éminentes ont été inhumées au Mont’e Prama, dans ce que nous pouvons définir un Hérôon » (Bedini-Tronchetti et alii 2012, p. 19).

« L’hérôon du Mont’e Prama représente la nouveauté archéologique la plus intéressante de ces dernières décennies concernant l’histoire de la Sardaigne et de la Méditerranée occidentale des premiers siècles du premier millénaire av. J.-C. \[…] Dans l’état actuel des fouilles, qui seront par la suite complétées, l’hérôon mesure environ 50 mètres, les statues sont placées sur les dalles funéraires et de nombreux bétyles et maquettes de nuragues sur le côté et derrière elles. Il s’agit de la monumentalisation, dans sa dernière phase d’utilisation, d’un cimetière remontant au IXe siècle av. J.-C. \[…] Carlo Tronchetti analyse la société de l’âge du Fer et associe l’émergence des « aristocraties » à la construction de l’hérôon. La société aristocratique vivait dans des maisons de plusieurs pièces donnant sur une cour centrale, dans des villages qui se sont transformés en centres proto-urbains et avaient atteint des conditions économiques de richesse relative » (Bedini-Tronchetti et alii 2012, pp. 10-11).

« Une nécropole que la communauté veut monumentale dans sa structure et extraordinaire dans son appareil figuratif qui semble reproduire sous une forme héroïque et emphatique les sujets auxquels la nécropole est dédiée : des statues d’hommes jeunes, armés et vigoureux, des frères d’armes, en hommage et en défense de leurs frères et sœurs morts et inhumés pour toujours dans le sol du Mont’e Prama » (Minoja 2014, p. 367).

« Mais c’est surtout l’ensemble des sépultures individuelles de Mont’e Prama-Cabras, transformé en hérôon, qui prouve le grand tournant politique et social, le changement profond des structures nuragiques qui s’est opéré dans la phase IV » (Lilliu 2004, p. 497).

« Dialectiquement, la destruction violente de l’hérôon pourrait correspondre au point de transformation de l’emporion en polis \[…]. L’hérôon devait être considéré comme un monument de « gloire » dynastique \[…] On ne sait pas aujourd’hui quand ce renversement a eu lieu. Les fosses, destinées à l’origine aux restes des « princes-héros », contenaient également un sceau scaraboïde et des perles en pâte de verre \[…] » (Lilliu 2004, pp. 635-636).

Bras soigneusement ouvragé de la statue de l’archer « Prexiau ». Musée national d’archéologie de Cagliari.
Bras de la statue de l’archer appelé « Compoidori ». Musée municipal « Giovanni Marongiu » de Cabras.

Une nécropole-sanctuaire dédiée au culte des héros

Maquette d’un nurague à huit lobes découverte lors des fouilles en 2016. Musée municipal « Giovanni Marongiu » de Cabras.

« Selon la vision traditionnelle, un groupe familial éminent des communautés de l’âge du Fer peuplant la région du Sinis aurait été inhumé au Mont’e Prama dans une espèce de Hérôon monumentalisé à l’intérieur de tombes individuelles et avec des sêmataprestigieux figurés dans l’idéologie héroïque ; mais l’attestation d’éléments architecturaux tels que des chapiteaux de colonnes et de piliers indiquerait plutôt l’existence d’un sanctuaire complexe où devaient se trouver le mobilier et les sculptures ; la nécropole ne serait qu’une partie de la zone du sanctuaire.
Cette partie est liée au culte des ancêtres : ces héros, peut-être déjà déifiés, dont descendent les groupes nobles inhumés dans les tombes ; des ancêtres, auxquels font référence les personnages gravés dans la pierre, mais aussi le culte du nurague, documenté par les nombreuses maquettes en pierre dont les groupes nobles tirent leur légitimité et leur pouvoir. On peut lire dans les sculptures un programme qui, en reliant le monde mythique et les ancêtres au monde physique du présent et de ses aristoï, célèbre la cosmologie particulière du pouvoir » (Bernardini 2014, p. 157).

« C’est dans ce cadre que retombe mon interprétation du phénomène de Mont’e Prama : il peut être envisagé comme un type particulier de nécropole dans laquelle un clan familial est glorifié, un groupe aristocratique se qualifiant avec des signes d’arété militaire et de religion, lié à un âge d’or révolu \[…] les tombes des ancêtres héroïsés, les bétyles qui ont été prélevés de certaines de ces tombes ; en effet, ils sont plus anciens et sculptés dans un matériau différent » (Tronchetti 2012a, pp. 181-192).

« À la lumière de ces réflexions, Tronchetti conclut que la nécropole du Mont’e Prama ne peut être considérée comme une simple zone à vocation funéraire, mais bel et bien comme une espèce de nécropole-sanctuaire où l’on célébrait le culte des ancêtres en même temps que le renouveau du pouvoir des aristocraties du VIIIe siècle av. J.-C. C’est dans ce contexte que le terme hérôon est introduit : le Mont’e Prama est la tombe des héros du présent, du culte et de la vénération des héros du passé » (Bernardini 2015, p. 53).

« Il est dommage que les fouilles récentes n’aient pas permis de préciser la nature exacte, la forme et la constitution complètes d’un hérôon transformé en temple, qui devait être parmi les plus grands et les plus célèbres de l’Antiquité protohistorique sarde \[…] » (Lilliu 1980, p. 118).

« Ce ne sont pas les tombes creusées dans la terre, sous leur forme de tombe à fosse individuelle, qui donnent du lustre à la zone hérôon, mais bel et bien les statues, le mobilier funéraire extérieur qui monumentalisent le lieu, affichant ainsi le rang et la puissance des commanditaires » (Lilliu 1997, p. 314).
« Les statues du Mont’e Prama ne peuvent qu’être le visage alternatif de cette colonie, puisque leur statut héroïque présuppose un contrôle indigène sur l’emporion phénicien, tout comme la destruction violente de la nécropole semble sceller la transformation de cet emporion en polis ainsi que le renversement des rapports de force capables d’administrer les processus d’échange et d’effectuer les prélèvements pour ainsi dire pétrifiés dans les belles statues kolossoi » (Torelli 1984, p. 392).
Les héros du Mont’e Prama
« Les matériels nous donnent l’image d’une époque où le pouvoir dans la société nuragique était détenu par des groupes que nous pouvons définir comme des aristocrates, présents dans ce que nous croyons être un grand sanctuaire fédéral avec des zones destinées à la sépulture, avec des représentations de leur idéologie concrétisées dans des formes monumentales jusqu’ici inconnues » (Tronchetti 1981, p. 527).
La présence d’un édifice aurait pu transformer la zone à vocation funéraire en une zone cultuelle superposée aux tombes, assumant ainsi une valeur sacrée : l’interprétation du contexte comme étant celle des ancêtres du groupe noble pourrait avoir une connotation plus élevée, où la simple héroïsation des défunts pourrait avoir été superposée au désir de reconnaître en eux les dieux protecteurs, au moins pour le groupe aristocratique concerné » (Rendeli 2014b, p. 70).
« Le complexe funéraire et sculptural est généralement défini hérôon, un mot grec désignant un monument bâti en mémoire des ancêtres élevés au rang de héros, et célébrant les valeurs traditionnelles de la communauté qui s’identifie à eux. Les sculptures du Mont’e Prama exprimaient l’identité et l’appartenance, des valeurs particulièrement significatives dans un moment de transition historique se caractérisant par de profondes tensions et transformations » (Usai 2015b, p. 98).
Pour de plus amples informations, voir également :
L’Heroon di Mont’e Prama, Bedini-Tronchetti et alii 2012, pp. 15-23
Mont’e Prama. L’Heroon dei giganti di pietra, Tronchetti 2015
L’Heroon di Mont’e Prama nelle pagine di Giovanni Lilliu, Zucca 2014
Guardiani, dei o eroi? marzo 1974, nel podere di Sisinnio Poddi, presso Cabras, venne alla luce un grosso reperto archeologico.
Cominciò così la lunga quanto appassionante vicenda dei giganti di Mont’e Prama, Manunza 2013
La pietra e gli eroi, Minoja e Usai (a cura di), 2011
Interpretare Mont’e Prama: l’heroon, Bernardini 2015, p. 52
L’Heroon di Mont’e Prama, Zucca 2013

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